En septembre 2005, Amnesty, souhaitant toucher un public plus diversifié et plus jeune, contactait Secteur Lettre Wolu-Culture (un éditeur belge) pour un projet de BD contre la violence conjugale. L'association souhaitait que ce projet voit le jour le 8 mars, pour la journée de la femme, et avait proposé une trentaine d'auteurs pressentis pour réaliser chacun une planche accompagnée d'un texte sur ce sujet douloureux. Parmis eux, Dany.
A partir de là les choses se compliquent un peu et plusieurs versions légèrement différentes émanent des parties en présence.
La planche de Dany
(cliquer dessus pour agrandir) semble avoir été acceptée dans un premier temps par Amnesty, quand ces derniers ont reçu le projet le 11 février,
dans son intégralité aux dires de Wolu-Culture, sans les textes d'accompagnement selon Amnesty. Le bon à tirer aurait même été
signé par l'ONG (1). Puis celle-ci se serait rétractée, vers le 22 février.Ce revirement peut paraître étonnant. Aucune explication n'est réellement avancée par aucune des parties en présence. On ne peut que supposer que la planche aura été survolée (voire ignorée) dans un premier temps pour finalement être (re)découverte ensuite...
Une précision toutefois : Dany a fourni une planche ayant déjà été éditée en 2002 par BoDoï (1) et non une planche spécifiquement dessinée pour l'occasion. Un humour percutant, un brin de sexisme (mais pour qui ;-), une fesse et un sein dénudés, elle a plus que sa place sur la quatrième de couv d'une revue comme BoDoï. Mais dans un ouvrage de sensibilisation aux violences conjugales ? Ce n'est en tout cas pas l'avis d'Amnesty qui jugea qu'elle ne correspondait pas à l'image souhaitée du projet.
N'ayant pas obtenu son retrait, l'association demanda alors au moins la modification du texte d'accompagnement.
Il est vrai que ce premier texte(2) parle, non de violence conjugale proprement dite, mais de violence faite aux femmes (dans le cadre de lois régissant les unions certes) et pointe du doigt sous la lapidation, les lois de certains états musulmans.
Ceci aurait pu constituer sans doute à lui seul une véritable raison de demande de retrait du texte : une organisation comme Amnesty ne peut se permettre aucun écart ou mélange des genres dans ses actions. Mais il semble que la demande de modification ait eu une autre origine, plus prude(1) et directement en rapport avec la planche, sinon comment expliquer le deuxième texte de Dany ? En fait, je soupçonne Amnesty d'avoir demandé à Dany un texte justifiant (explicitant) sa planche (sous entendu : en quoi montre-t-elle au delà de la blague et de son côté sexy que la violence conjugale est une hérésie) et Dany d'avoir justifié (défendu) sa planche (c'est-à-dire en quoi sa planche n'est-elle pas du sexisme, etc)
Le texte est donc modifié. Mais, s'il condamne la violence faite aux femmes de manière très claire (encore une fois dans son ensemble et pas uniquement la violence conjugale), ce deuxième jet(3) a du mal à ne pas retomber dans les travers du premier et est surtout une justification du travail de Dany et de son état d'esprit. C'est du moins l'opinion d'Amnesty qui ne s'en satisfera pas.
Sobrement, ActuaBD, le 4 mars, résumera ainsi : "Pour sortir de la crise, l'ONG proposa alors cette alternative : Soit Dany modifiait à nouveau son texte dans un sens moins justificateur, soit les pages seraient purement et simplement retirées. Une autre possibilité aurait été qu'Amnesty International rédige elle-même le texte incriminé."
A partir de là, le collectif de dessinateurs de Wolu-Culture, arguant de la liberté d'expression et du droit à la créativité, qualifie cette proposition de censure et la refuse en bloc. Amnesty, sur son site(4), réfute cette accusation mettant en avant la nécessité pour eux de faire des choix éditoriaux. En dernière instance, Wolu-Culture décide de soutenir Dany envers et contre Amnesty et d'éditer la BD coûte que coûte avec la planche de celui-ci même si les droits devaient être reversés à une autre association travaillant sur le même thème, ce que semble accepter sereinement l'ONG(4).
A priori, deux entités comme celles-ci auraient dû sortir gagnantes toutes les deux d'une collaboration. Alors comment ont-elles pu se tirer dans les pattes à ce point pour une vieille planche que Dany a ressortie du chapeau ?
Sources :
(1) communiqué de presse Wolu-Culture du 3 mars 2006
(2) premier texte de Dany sur le site de 1200bulles.com
(3) deuxième texte de Dany sur le site de 1200bulles.com
(4) communiqué d'Amnesty International du 3 mars 2006
© Dany - Wolu-Culture
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