Côté bulles

Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 17:23

AshLittéralement : le serpent séducteur (ou corrupteur) des hommes, référence on ne peut plus claire au mythe de Satan, souvent surnommé ainsi. Ash verse dans la théologie, donc, et revisite le mythe de Faust dans une version à la fois humaniste, romantique et fantastique (au sens littéraire des termes). 

 

Guidé par un moine ivrogne et cupide, Faust atteint le cimetière isolé de Karkonosze. De l'un des tombeaux, il va exhumer, à l'aide de son golem de métal, l'Anguis Seductor Hominum, Ash, dont il espère obtenir, lui qui, malgré sa jeunesse et toute sa science, est un mort en sursis, le secret de la vie éternelle. Malheureusement pour le savant, la demoiselle en s'éveillant n'a aucun souvenir de son passé ni des buts ou évènements qu'elle a pu suivre pour en arriver à être scellée dans ce caveau.

 

Le tracé de Krystel me fait penser à celui de Loisel, en plus épuré, avec une colorisation numérique qui donne une ambiance un peu satinée à l'ensemble, similaire au travail à l'aquarelle je trouve. J'aime assez le rendu. Au niveau du scénario imaginé par François Debois, on a une mise en place des plus intéressantes pour ce premier opus, avec des personnages déjà bien campés et un démarrage dans l'intrigue qui m'a personnellement donné envie de me plonger un peu plus dans les mythes auxquels il fait référence.

 


Challenge ABC critiques

D comme Debois

 


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Mardi 23 novembre 2010 2 23 /11 /Nov /2010 16:37

2 expressosUn joli roman graphique que nous offre là Kan Takahama sur fond de troquet miteux dans un bled paumé, tellement paumé que l'arrêt de train a été supprimé. Des tranches de vies qui se recoupent et se croisent de manière inattendue entre un français en pleine crise de la quarantaine, fils de bistrotier parisien, à la recherche de la femme d'une nuit qui a marqué sa vie 17 ans plus tôt et un tenant de "café" local, très amoureux mais désavoué par sa femme qui le considère comme un incapable notoire qui sert un café infect à ses clients.


Un récit très bien amené, à la fois tendre et drôle. Mais c'est la correspondance entre sa génèse, décrite par l'auteur et le résultat final qui m'a peut-être encore plus interpellée.


"Quand Casterman m'a contacté pour faire une oeuvre de "divertissement", j'étais d'abord un peu embêtée. Jusqu'à présent je n'avais jamais travaillé de la sorte. En réfléchissant bien, je me suis rendu compte que pour moi ce qui correspondait à cette catégorie de mangas c'étaient des titres comme Dragon Ball ou Naruto. J'ai alors pensé qu'il fallait que je crée un héros dans le genre rebelle, incapable de s'adapter à la société, arborant une coupe de cheveux avec des mèches qui partent dans tous les sens. Il fallait en plus un second personnage aux cheveux blonds venant de l'étranger, qui, d'abord, lui serait hostile puis deviendrait son ami. Il fallait également une héroïne qui passe tout son temps à se chamailler avec le héros. Et si elle suscitait en plus un sentiment de rivalité entre nos deux protagoniste, ce serait encore mieux... Il fallait par ailleurs qu'ils cherchent un trésor ou une personne. Enfin, il fallait une scène où le héros apprend de son maître sa "botte secrète". C'est ainsi que j'ai fini par créer cette histoire."

 

Vous ne trouvez pas que cette description ressemble plus à celle d'un shônen typique ? En le lisant hors contexte, je n'aurais sans doute pas parié sur le résultat obtenu au final dans 2 expressos. De quoi faire réfléchir sur le concept de "roman graphique" et les processus de création.

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Dimanche 21 novembre 2010 7 21 /11 /Nov /2010 17:04

Sang RoyalAu menu aujourd'hui le tout dernier Jodorowsky, sorti en mai 2010. 

On y retrouve des types de personnages chers à l'auteur, qu'on a pu croisé dans La caste des Méta-Barons, Borgia ou encore Les Technopères, des caractères puissants et impitoyables, égocentriques et orgueilleux, voire parfois complètement psychotiques. On y croise aussi les mêmes grandes thématiques : les conflits familiaux avec leurs non-dits et leurs trahisons, la quête et les guerres de pouvoir, la vengeance, l'inceste... Le tout soupoudré d'une dose savante de violence et de sexe... 


Ce premier opus de Sang Royal n'apporte à mon avis pas grand chose de nouveau à la panoplie de ce célèbre scénariste. Mais le graphisme hyper réaliste du jeune Dongzi Liu, assez sombre, sert parfaitement cette fresque moyenâgeuse épique et retranscrit plutôt bien les émotions, nombreuses et violentes, des protagonistes.


Le prince Alvar, grièvement blessé au cours d'une bataille, propose à son cousin Alfred d'échanger leurs armures pour prendre la tête des soldats qui lui vouent un culte sans borne et ainsi les mener à la victoire. Alfred accepte, mais sitôt l'armure endossée, se retourne contre son suzerain et l'abandonne à son sort. Passant par hasard dans les parages, Batia, une bossue marquée par sa vie solitaire, va recueillir et soigner le guerrier. Alvar gagnera la lutte pour sa survie, mais y perdra l'esprit. Batia y gagnera un homme, son homme, enfin.


Une BD qui reste assez agréable à lire et qui plaira sans doute aux amateurs du genre, même si elle a un petit côté réchauffé.

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Jeudi 28 octobre 2010 4 28 /10 /Oct /2010 19:09

Porteurs-d-ombres.jpgJe suis fière comme une Poof. 


Mon petit frère, Ghislain, seul et unique représentant du genre, sort le mois prochain sa première BD. 


L'aventure a commencé il y a deux ans, en juillet 2008, lors de son expo "Grain de Beauté", exposition qui avait connu un tel succès qu'elle avait été reconduite en septembre. Deux éditrices de Diantre, en visite à l'Issue Gallery, lui avaient alors proposé de travailler avec un de leurs auteurs, Jakuta. 


Graphiste éclectique, Ghislain Garlin expose régulièrement sur Paris. Vous l'avez peut-être croisé à la librairie L'Echappée Belle en juillet dernier. Il travaille également sur des commandes de création ou de retouche numérique. J'ai surtout retenu le clip de Dionysos, La mécanique du coeur, et la bande promotionnelle de la DartyBox, celle qu'on voyait dans tous les magasins l'automne dernier.


Porteurs-d-ombres---Verso.jpgJakuta Alikavazovic, quant à elle, est l'auteur de trois romans édités aux éditions de l'Olivier. Elle a notamment été lauréate de la bourse de l'écrivain Lagardère en 2007 et du prix Goncourt du premier roman en 2008 avec Corps Volubils.

 

Les Porteurs d'Ombres sortira fin novembre, et non pas fin octobre comme prévu à l'origine. Si le retard est involontaire, il semblerait que ce soit mieux pour les salons de l'année prochaine, les millésimes étant comptés de novembre à novembre. Il sera présenté à Angoulême, bien sûr, avec une présentation originale puisque certains ouvrages, en série (très) limitée, auront une couverture vierge qui sera illustrée en direct par Ghislain.

 

En attendant l'évènement, vous pouvez faire un tour sur Patapastèque et Ghislain Drawing.

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Vendredi 10 septembre 2010 5 10 /09 /Sep /2010 00:00

Voici deux mangas que j'ai lu dernièrement, qui m'ont particulièrement plu. En fait, ces deux mangas sont assez proches et Freesia que je viens de recevoir m'a beaucoup fait repenser à Jackals que j'ai découvert l'hiver dernier.

Tout d'abord, les deux commencent de manière abrupte, l'un par une décapitation et l'autre par un viol, histoire de mettre tout de suite dans l'ambiance. Si le procédé est largement utilisé au cinéma, il est plus rare en BD. C'est qu'ils partent du même principe de base : un monde où on engage des professionnels de manière tout à fait reconnue voire tout à fait légale dans Freesia. Certains comparent d'ailleurs Freesia avec Ikigami pour ce côté légal, ce en quoi je ne suis pas vraiment d'accord. Dans Ikigami, le gouvernement décide de manière arbitraire et aléatoire d'éliminer un pourcentage de la population pour inciter le reste à "mieux vivre" sa vie. L'accent est mis sur la psychologie des victimes qui savent vivre leurs derniers instants et sur l'inhumanité des décisions des dirigeants qui oeuvrent "pour le bien de tous". Dans Freesia, comme dans Jackals, c'est la psychologie des tueurs et leur humanité malmenée qui est mise en avant. 

 Si les deux traitent un sujet similaire avec une intrigue reposant sur des bases très voisines, les auteurs procèdent d'une manière radicalement différente dans le fond et la forme.

L'action, par exemple, est placée dans des mondes aux antipodes. Les personnages de Jackals évoluent dans une ambiance XIXe qui rappelle les séries noires américaines avec la prohibition et les villes pleines de gangsters ou encore Gotham City, sa corruption et sa déchéance, ambiance fort éloignée dans le temps et l'espace du lecteur japonais. A l'opposé, Freesia pourrait se situer au Japon justement. Un Japon en guerre, dont les lois seraient autres, mais très proche tout de même du pays réel actuel. Le choix du contexte n'est pas innocent, on ancre le lecteur dans la fiction ou dans la réalité. Plus le monde est proche du lecteur, plus les dissonances provoquent un malaise, ce en quoi Freesia est très percutant. L'article sur lui que j'avais lu, laissait d'ailleurs transparaitre un chroniqueur quelque peu perturbé par ce manga. C'est ce qui a titillé ma curiosité et m'a poussé à l'acheter.

JackalsDans Jackals, le graphisme de Kim Byung Jin est axé plus sur les personnages que sur les décors. Il est agréable, bien contrasté, très "lisible" et dynamique, effet produit notamment par la grande liberté prise avec les cadres dans les planches et par les changements permanents d'angle de vue. Les images gores y sont nombreuses. Ceux des personnages principaux ayant lieu à l'arme blanche, de très grosses armes blanches, les combats et les blessures sont spectaculaires et sanglants. Mais si Jackals est très violent dans la forme, le tout reste cependant très esthétique. Les visages sont beaux, les corps splendides, les combats magnifiques, quoique implacables. Les jackals, mercenaires assassins, sont présentés comme condamnables mais on en fait l'apologie. Et puis à l'opposé de son petit côté "saignant", les thématiques de fond de ce manga sont très morales. Jackals est d'abord et avant tout un hommage à la liberté et à l'indépendance, même si on y parle d'amour filial, d'amitié, de vengeance et j'en passe. Les personnages, fiers, rebelles, libres, sont très charismatiques et aucune mesquinerie ou noirceur quelconque ne vient entacher leur personnalité. Enfin l'intrigue développée par Shyn'ia Murata est simple, bien menée, bien rythmée mais somme toute assez classique, ce qui n'enlève rien au plaisir de cette série, j'ai adoré, mais forme un cadre lumineux où la violence est celle des images seules.

FreesiaA l'inverse, dans Freesia, la structure des planches est plus traditionnelle. Le tracé est très inégal, tantôt limpide, tantôt brouillon, ce qui peut déranger. Jiro Matsumoto alterne les dessins mal dégrossis, voire carrément maladroits avec les planches superbes, très détaillées, et quelques unes encrées. Ce choix graphique illustre bien les multiples facettes des situations et le déséquilibre psychologique des personnages et participe à l'ambiance générale. Les images sanglantes y sont moins présentes que dans Jackals, du moins dans les deux premiers tomes. Les exécutions au révolver étant moins spectaculaires, ceci explique peut-être cela, mais l'intrigue semble également plus dense. Ceci dit, ce manga n'est assurément pas "tout public", d'autant plus que Freesia intègre, contrairement à Jackals, de nombreuses scènes pornographiques qui participent à la compréhension des personnages et du récit (pas de fan service ici). La scène de viol du début est très sobre, beaucoup moins dérangeante que le sexe au quotidien souvent mis en situation de façon particulièrement trashDe même, la vengeance n'est pas présentée comme étant condamnable mais la manière dont les exécuteurs s'acquittent de leur tâche est assurément malsaine. Les limites de la normalité et de l'inacceptable sont malmenées et Freesia fait preuve à mon avis d'une violence plus psychologique que visuelle. Les personnages sont en place en tout cas et Hiroshi Kanô, au centre de l'action, est réservé, indifférent et se laisse porter par les évènements, ce qui fait de lui un exécuteur pour le moins implacable. On est loin du héros rebelle. Les grandes thématiques sont sans grand intérêt ici. Ce n'est pas le propos. L'auteur joue plutôt sur les contrastes entre le passé, la personnalité, les particularités, les aspirations et les actes de Kanô. On ne voit pas encore très bien où tout ça va nous mener mais on espère une intrigue complexe et sombre dans le plus pur style des meilleurs thriller. Je croise les doigts. 

 

Jackals

Jackals1.jpgScénario Shinya Murata

Dessin Kim Byung Jin

7 tomes - série finie au Japon et en France

Publication VO Square Enix 2006 / 2008

Publication VF Ki-oon entre sept. et déc. 2009

Public  : ado / adulte. aurait mérité un avertissement

 

L'ensemble des 7 tomes est de bonne qualité avec un récit bien développé. C'est une série très agréable. Juste pour dire, Alligator Nichol, le personnage principal n'est pas sans rappeler Ichigo (Bleach) que ce soit au niveau graphique ou au niveau de la psychologie du personnage. Ressemblance physique, arme hors norme, amour démesuré de la mère, performances physiques exceptionnelles, personnalité très stable, quoique très combative, petit côté blasé et ténacité à toute épreuve, tout y est. Avec son alter ego, Foa Requiem, on n'a un tandem de choc. Pour le plaisir des yeux.

Synopsis

Cicéro City, Etats_Unis, XIXe. Alligator Nichol fait parti des nombreux Jackals, ces tueurs professionnels indépendants qui louent leurs services dans cette ville corrompue. Il tient son nom de l'arme démesurée qu'il utilise pour remplir ses contrats et qu'il a hérité de sa mère, un jackal de légende surnommée La Grande Faucheuse. C'est que l'Alligator provoque des dégâts sanglants. Combattre avec elle tourne au carnage tant les victimes méconnaissables semblent avoir été déchiquetées par l'animal du même nom. Nichol ne cherche pourtant pas la reconnaissance mais essaye seulement de survivre avec les siens dans le monde sans pitié de Cicéro City où Grabriella et Tennouren, deux grandes familles mafieuses, luttent pour le pouvoir par jackals interposés. Nichol vient justement de remplir un contrat pour Gabriella en "nettoyant" un bureau de Tennouren lorsque Abraham Green Eyes, un membre de l'état major de Gabriella, arrive pour solder les comptes.


Jackals2Jackals3Jackals4Jackals5Jackals6Jackals7   

© 2006 / 2008 Shinya Murata, Kim Byung Jin / Square Enix

 © 2009 Shinya Murata, Kim Byung Jin / Ki-oon


 

Freesia

Freesia-1.jpgAuteur Jiro Matsumoto

12 tomes - série fini au Japon

2 tomes édités en France, tome 3 prévu pour sept 2010

Publication en VO 2003 / 2009

Publication en VF 2010 / ??

 

Public  : adulte averti

Au vue des deux premiers tomes, on est en droit d'en attendre beaucoup de Freesia. J'apprécie tout particulièrement cette façon de mettre en porte-à-faux les lieux communs de la morale et de la loi à l'aide d'un personnage que d'aucun considèrerait comme profondément dérangé. Espérons qu'il ne nous décevra pas et que les tomes ne sortiront pas au compte-goutte. 

 

Synopsis

Sous des dehors de jeune homme sans histoire, Hiroshi Kanô est tout sauf normal, bien que se considérant comme tel. Schizophrène au dernier degré, il gère, sans angoisse aucune, ses hallucinations visuelles et auditives, avec le même détachement, la même absence d'émotion qui régie sa vie et ses relations. Il ne fait d'ailleurs pas vraiment la part des choses et passe des heures à discuter dans un snack avec une jeune femme inexistante face à une chaise vide sous l'oeil incrédule des serveuses. Il cherche juste à  maintenir l'équilibre avec l'extérieur et à se fondre dans la masse. Une petite amie, un boulot sont l'apanage de la normalité à laquelle il aspire et il répond avec joie à la convocation qu'il a reçu d'un cabinet juridique pour ce qui s'avère être un poste d'exécuteur. Il rencontre alors sur place le sosie en chair et en os de son interlocutrice préférée, ce qui provoque immédiatement chez lui un malaise. C'est que Hiroshi possède de manière innée un sens du danger qui confine à la prescience et lui a, jusque là, toujours permis de survivre dans ce pays en guerre où la violence est monnaie courante.


Freesia-2

 © 2003 / 2009 Jiro Matsumoto / Shogakukan

 © 2010 Jiro Matsumoto / Kaze

Par La Poof - Publié dans : Côté bulles - Communauté : autour de la BD
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