Voici deux mangas que j'ai lu dernièrement, qui m'ont particulièrement plu. En fait, ces deux mangas sont assez proches et Freesia que je viens de recevoir m'a
beaucoup fait repenser à Jackals que j'ai découvert l'hiver dernier.
Tout d'abord, les deux commencent de manière abrupte, l'un par une décapitation et l'autre par un viol, histoire de mettre tout de suite dans l'ambiance. Si le
procédé est largement utilisé au cinéma, il est plus rare en BD. C'est qu'ils partent du même principe de base : un monde où on engage des professionnels de manière tout à fait reconnue voire
tout à fait légale dans Freesia. Certains comparent d'ailleurs Freesia avec Ikigami pour ce côté légal, ce en quoi je ne suis pas vraiment d'accord. Dans Ikigami, le gouvernement décide de
manière arbitraire et aléatoire d'éliminer un pourcentage de la population pour inciter le reste à "mieux vivre" sa vie. L'accent est mis sur la psychologie des victimes qui savent vivre leurs
derniers instants et sur l'inhumanité des décisions des dirigeants qui oeuvrent "pour le bien de tous". Dans Freesia, comme dans Jackals, c'est la psychologie des tueurs et leur humanité malmenée
qui est mise en avant.
Si les deux traitent un sujet similaire avec une intrigue reposant sur des bases très voisines, les auteurs procèdent
d'une manière radicalement différente dans le fond et la forme.
L'action, par exemple, est placée dans des mondes aux antipodes. Les personnages de Jackals évoluent dans une ambiance XIXe qui rappelle les séries noires
américaines avec la prohibition et les villes pleines de gangsters ou encore Gotham City, sa corruption et sa déchéance, ambiance fort éloignée dans le temps et l'espace du lecteur japonais. A
l'opposé, Freesia pourrait se situer au Japon justement. Un Japon en guerre, dont les lois seraient autres, mais très proche tout de même du pays réel actuel. Le choix du contexte n'est pas innocent, on ancre le lecteur dans la fiction ou dans la réalité. Plus le monde est proche du lecteur, plus les dissonances provoquent un
malaise, ce en quoi Freesia est très percutant. L'article sur lui que j'avais lu, laissait d'ailleurs transparaitre un chroniqueur quelque peu perturbé par ce manga. C'est ce qui a titillé ma
curiosité et m'a poussé à l'acheter.
Dans Jackals, le graphisme de Kim Byung Jin est axé plus sur les personnages que sur les décors. Il est agréable, bien contrasté, très "lisible" et dynamique, effet produit notamment par la grande liberté prise avec les cadres dans les planches et par les changements permanents
d'angle de vue. Les images gores y sont nombreuses. Ceux des personnages principaux ayant lieu à l'arme blanche,
de très grosses armes blanches, les combats et les blessures sont spectaculaires et sanglants. Mais si Jackals est très violent dans la forme,
le tout reste cependant très esthétique. Les visages sont beaux, les corps splendides, les combats magnifiques, quoique implacables. Les jackals, mercenaires
assassins, sont présentés comme condamnables mais on en fait l'apologie. Et puis à l'opposé de son petit côté "saignant", les thématiques de fond de ce manga sont très morales. Jackals est
d'abord et avant tout un hommage à la liberté et à l'indépendance, même si on y parle d'amour filial, d'amitié, de vengeance et j'en
passe. Les personnages, fiers, rebelles, libres, sont très charismatiques et aucune mesquinerie ou noirceur quelconque ne vient entacher leur personnalité. Enfin l'intrigue développée par Shyn'ia Murata est simple, bien menée, bien rythmée mais somme toute assez classique, ce qui n'enlève rien au
plaisir de cette série, j'ai adoré, mais forme un cadre lumineux où la violence est celle des images seules.
A l'inverse, dans Freesia, la structure des planches est plus traditionnelle. Le tracé est très inégal, tantôt limpide,
tantôt brouillon, ce qui peut déranger. Jiro Matsumoto alterne les dessins mal dégrossis, voire carrément maladroits avec les planches superbes, très détaillées, et quelques unes encrées. Ce
choix graphique illustre bien les multiples facettes des situations et le déséquilibre psychologique des personnages et participe à l'ambiance générale. Les images sanglantes y sont moins présentes que dans Jackals, du moins dans les deux premiers tomes. Les exécutions au révolver étant moins spectaculaires, ceci explique
peut-être cela, mais l'intrigue semble également plus dense. Ceci dit, ce manga n'est assurément pas "tout public", d'autant plus que Freesia intègre, contrairement à Jackals, de nombreuses scènes pornographiques
qui participent à la compréhension des personnages et du récit (pas de fan service ici). La scène de viol du début est très sobre, beaucoup moins dérangeante que le sexe au quotidien souvent mis en situation de façon particulièrement trash. De même, la vengeance n'est pas présentée comme étant condamnable mais la manière dont les exécuteurs s'acquittent de leur tâche
est assurément malsaine. Les limites de la normalité et de l'inacceptable sont malmenées et Freesia fait preuve à mon avis d'une violence plus psychologique
que visuelle. Les personnages sont en place en tout cas et Hiroshi Kanô, au centre de l'action, est réservé,
indifférent et se laisse porter par les évènements, ce qui fait de lui un exécuteur pour le moins implacable. On
est loin du héros rebelle. Les grandes thématiques sont sans grand intérêt ici. Ce n'est pas le
propos. L'auteur joue plutôt sur les contrastes entre le passé, la personnalité, les particularités, les
aspirations et les actes de Kanô. On ne voit pas encore très bien où tout ça va nous mener mais on espère une intrigue complexe et sombre dans le plus
pur style des meilleurs thriller. Je croise les doigts.
Jackals
Scénario Shinya Murata
Dessin Kim Byung Jin
7 tomes - série finie au Japon et en France
Publication VO Square Enix 2006 / 2008
Publication VF Ki-oon entre sept. et déc. 2009
Public : ado / adulte. aurait mérité un avertissement
L'ensemble des 7 tomes est de bonne qualité avec un récit bien développé. C'est une série très agréable. Juste pour dire, Alligator Nichol, le personnage principal
n'est pas sans rappeler Ichigo (Bleach) que ce soit au niveau graphique ou au niveau de la psychologie du personnage. Ressemblance
physique, arme hors norme, amour démesuré de la mère, performances physiques exceptionnelles, personnalité très stable, quoique très combative, petit côté blasé et ténacité à toute épreuve, tout
y est. Avec son alter ego, Foa Requiem, on n'a un tandem de choc. Pour le plaisir des yeux.
Synopsis
Cicéro City, Etats_Unis, XIXe. Alligator Nichol fait parti des
nombreux Jackals, ces tueurs professionnels indépendants qui louent leurs services dans cette ville
corrompue. Il tient son nom de l'arme démesurée qu'il utilise pour remplir ses contrats et qu'il a hérité de
sa mère, un jackal de légende surnommée La Grande Faucheuse. C'est que l'Alligator provoque des dégâts
sanglants. Combattre avec elle tourne au carnage tant les victimes méconnaissables semblent avoir été déchiquetées par l'animal du même nom. Nichol ne cherche pourtant pas la reconnaissance mais essaye seulement de survivre avec les siens dans le monde sans
pitié de Cicéro City où Grabriella et Tennouren, deux grandes familles mafieuses, luttent pour le pouvoir par jackals interposés. Nichol vient justement de remplir un contrat pour Gabriella en "nettoyant" un bureau de Tennouren lorsque Abraham Green Eyes, un
membre de l'état major de Gabriella, arrive pour solder les comptes.





© 2006 / 2008 Shinya Murata, Kim Byung Jin / Square Enix
© 2009 Shinya Murata, Kim Byung Jin / Ki-oon
Freesia
Auteur Jiro Matsumoto
12 tomes - série fini au Japon
2 tomes édités en France, tome 3 prévu pour sept 2010
Publication en VO 2003 / 2009
Publication en VF 2010 / ??
Public : adulte averti
Au vue des deux premiers tomes, on est en droit d'en attendre beaucoup de Freesia. J'apprécie tout
particulièrement cette façon de mettre en porte-à-faux les lieux communs de la morale et de la loi à l'aide d'un personnage que d'aucun considèrerait comme profondément
dérangé. Espérons qu'il ne nous décevra pas et que les tomes ne sortiront pas au compte-goutte.
Synopsis
Sous des dehors de jeune homme sans histoire, Hiroshi Kanô est tout sauf normal, bien que se considérant comme tel. Schizophrène au
dernier degré, il gère, sans angoisse aucune, ses hallucinations visuelles et auditives, avec le même détachement, la même absence d'émotion qui régie sa vie et ses relations. Il ne fait
d'ailleurs pas vraiment la part des choses et passe des heures à discuter dans un snack avec une jeune femme inexistante face à une chaise
vide sous l'oeil incrédule des serveuses. Il cherche juste à maintenir l'équilibre avec l'extérieur et à se fondre dans la masse. Une petite amie, un boulot sont l'apanage de
la normalité à laquelle il aspire et il répond avec joie à la convocation qu'il a reçu d'un cabinet juridique pour ce qui s'avère être un poste
d'exécuteur. Il rencontre alors sur place le sosie en chair et en os de son interlocutrice préférée, ce qui provoque immédiatement chez lui un malaise. C'est
que Hiroshi possède de manière innée un sens du danger qui confine à la prescience et lui a, jusque là, toujours permis de survivre dans ce pays en
guerre où la violence est monnaie courante.
© 2003 / 2009 Jiro Matsumoto / Shogakukan
© 2010 Jiro Matsumoto /
Kaze